Après avoir brillé en NCAA au début des années 2000, Karim Souchu a effectué une longue et belle carrière qui l’a menée dans de nombreux clubs et de nombreux pays. Actuellement à la Réunion pour y développer la formation, le joueur nous a gentiment accordé un entretien. Au programme : formation française et américaine, basket 3x3 et chaussures Kipsta !

A l’instar de Samuel Nadeau, Olivier Saint-Jean (devenu depuis Tariq Abdul Wahad) ou encore Jérôme Moïso, Karim Souchu a été l’un des premiers français à quitter très jeune le territoire pour tenter sa chance aux États-Unis. Avec l’université de Furman, Souchu a brillé en NCAA avec une moyenne de 19,5 pts lors de sa saison senior et une présence dans le meilleur Cinq de la All-Southern Conference en 2001 et 2003. Aujourd’hui âgé de 36 ans, le joueur demeure davantage tourné vers son après-carrière et est actuellement à la Réunion pour y créer un centre de formation. Malgré un emploi du temps chargé, Karim Souchu a bien voulu nous consacrer quelques minutes pour partager son expérience, sa vision du basket et parler des différences culturelles entre le basket français et américain, du développement du basket dans les départements d’outre-mer mais aussi du basket 3x3 et de Kipsta dont il est ambassadeur.

« Karim, peux-tu tout d’abord te présenter et rappeler ton parcours pour ceux qui ne connaîtraient pas ?

Ça va être long. (Rires.) Karim Souchu, basketteur professionnel depuis 2003. J’ai été formé à Dijon de 1997 à 1999 puis j’ai décidé de rejoindre les États-Unis et la NCAA. Après 4 belles années avec l’université de Furman, j’ai signé mon premier contrat pro à l’Asvel en 2003. J’ai par la suite joué à l’étranger, en Belgique et à Chypre avant de revenir en France où j’ai évolué à Roanne, Limoges, Le Havre, Cholet, Poitiers et dernièrement à Nancy.

Finalement, ton parcours de globe-trotter est assez commun de nos jours. Cela est-il lié au manque d’opportunité de s’instaurer dans le long terme avec le même club dans le basket actuel ou est-ce un choix délibéré ?

Le basket est un sport où les joueurs sont peut-être plus amenés à changer de club que d’autres sports. Personnellement, j’aurais aimé rester longtemps dans un seul  club mais les opportunités de le faire sont rares.  C’était plus fréquent par le passé mais aujourd’hui, les joueurs sont plus nombreux, coûtent plus chers  et les opportunités de partir sont aussi plus importantes. C’est ce sport qui veut ça mais toutes les expériences ont été très enrichissantes pour moi d’un point de vue basket et surtout d’un point de vue humain. Le basket m’a permis de vivre et de voir de choses que je n’aurais jamais vues ou vécues si je n’avais pas fait ce métier.

Au niveau amateur, il est également fréquent de voir des joueurs, surtout les jeunes, changer régulièrement de clubs pour avoir l’opportunité d’évoluer à un meilleur niveau et se faire remarquer. Selon toi, est-ce une bonne chose de changer constamment de club lorsque l’on est amateur ?

Constamment, peut-être pas. Après, tout le monde doit se poser les bonnes questions. Est-ce que les joueurs changent de club parce qu’ils ne sont pas bien encadrés, bien coachés ou est-ce parce qu’ils sont impatients ? Je pars du principe que les joueurs vont généralement voir ailleurs quand ils n’ont pas ce qu’ils recherchent ou ce dont ils ont besoin dans leur club. Je pense donc que les entraîneurs doivent aussi se remettre en question pour changer cette situation.  Après beaucoup de jeunes joueurs sont aussi impatients. Ils veulent tout, tout de suite. L’expérience ne vient pas comme ça, elle s’acquiert avec le temps.

Après tes deux années en Espoir à Dijon, tu as décidé de rejoindre les États-Unis. Peux-tu revenir sur ce choix fort qui était presque, déjà, un choix de carrière alors que tu n’étais qu’un joueur amateur à l’époque?

C’est marrant car j’ai beaucoup pensé à ça récemment. A l’époque, je ne me suis pas rendu compte de l’impact que ça allait avoir dans ma carrière. M’imposer en NCAA en étant Européen était loin d’être gagné d’avance. J’aurais pu tomber aux oubliettes et ne jamais être pro derrière. Mais à l’époque, ce qui m’avait poussé à tenter l’aventure, c’était surtout le fait que Dijon n’allait pas me donner ma chance avec l’effectif pro malgré ma saison de MVP du championnat Espoir. J’avais alors le choix de jouer en Pro B, qui était pour moi une sorte de régression, ou d’évoluer en NCAA et de découvrir un nouveau basket. J’ai choisi la seconde option. Mon ancien coéquipier lors d’un stage, Johan Rat, me parlait souvent des États-Unis et il m’a mis en contact avec un coach universitaire.  Ce coach m’a suivi et quand il a rejoint la fac de Furman, il a fait appel à moi.

Alors, qu’en est-il du niveau. Est-il vraiment différent entre la France et les États-Unis ?

Je dirais qu’il y a deux aspects vraiment différents entre les deux écoles. D’un point de vue athlétique, il n’y a pas photo. Les Américains sont beaucoup plus intenses et physiques que les Français. Leur préparation physique est vraiment poussée et ce sont des athlètes impressionnants qui ont une grosse culture individuelle. Ils sont très performants en un-contre-un, très techniques. Après d’un point de vue tactique, je trouve que les Français et les Européens en général sont mieux formés. Ils ont une meilleure connaissance du jeu que les Américains.

Les États-Unis font rêver les gamins français. Est-ce que tu inciterais les jeunes à suivre le même parcours et tenter l’aventure américaine ?

Je pense que c’est une expérience à vivre. Elle m’a vraiment été bénéfique donc oui, je la conseillerais. Le basket est universel donc j’encourage les joueurs à découvrir comment le jeu se pratique dans les autres pays. Et je ne parle pas que des États-Unis.

Quels conseils peux-tu leur donner pour réussir ?

Pour réussir aux États-Unis, il faut un gros mental. Là-bas, rien n’est donné ! Il y a une grosse concurrence entre les joueurs, ne serait-ce que pour intégrer une équipe de lycée ou universitaire. Rien qu’en NCAA I, il doit y avoir entre 300 et 400 équipes. Ensuite, il y a les fameuses bourses qui sont distribuées à une poignée de joueurs dans tout le pays. Les joueurs sont donc morts de faim car ils ne jouent pas seulement pour eux mais pour faire des études gratuites et faire vivre leur famille s’ils réussissent à devenir pro derrière. La concurrence est hallucinante donc sans un mental d’acier, impossible de réussir là-bas.

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Depuis quelques années, tu t’es rapproché du basket 3x3. Pourquoi cette initiative ?

En fait, on m’a approché en 2012 pour les premiers championnats du monde de basket 3x3 à Athènes et j’ai vraiment accroché à la discipline. C’est une approche différente du basket, plus libre, moins encadré et codifié même s’il y a évidemment des règles à respecter.  Je prends toujours énormément de plaisir quand je joue en 3x3 car ça me rappelle l’époque des playgrounds dans ma jeunesse. C’est un peu un retour aux sources.

Doit-on le considérer comme un sport à part ou est-il complémentaire du basket 5x5 ?

Je trouve que le 3x3 est la continuité du basket traditionnel car il développe des qualités nécessaires pour un jeu en 5x5 comme la prise de responsabilités et de décisions rapides. En 3x3, on a seulement 12 secondes pour attaquer. D’ailleurs, j’ai sans doute réalisé ma meilleure saison professionnelle après le premier championnat du monde de 3x3. Les deux pratiques sont complémentaires. Il ne faut pas les dissocier.

Et tactiquement, jouer en 3x3 est-il  plus facile pour assimiler des phases de jeu comme le pick and roll dont a beaucoup parlé sur Ballerside ?

Oui car il y a moins de joueurs pour aider après un écran. Après, le 3x3 regorge de solutions tactiques. Il est rare de voir uniquement du pick and roll dans un match. On voit des back door, des écrans dans le dos, c’est vraiment varié. Mais le fait que l’on soit moins sur le terrain peut effectivement aider les joueurs à assimiler certaines tactiques que l’on retrouve en 5x5. Ils vont les exécuter plus facilement car il y a moins d’aide défensive.

Penses-tu que la formation française devrait considérer le basket 3x3 dans son programme ? On sait que la FFBB organise des événements l’été mais faut-il en faire plus ?

Je le pense, oui. Le 3x3 devrait faire partie intégrante de la formation des joueurs car il est complémentaire au basket traditionnel. Lors des entraînements de basket 5x5,  il y a d’ailleurs beaucoup d’ateliers en jeu réduit. Ce serait donc logique d’accorder à cette pratique une plus grande place dans la formation.

Y a-t-il un parallèle à faire avec le foot à 11 et le futsal ?

Oui clairement. Je pense que de laisser le choix aux jeunes de pratiquer soit du 3x3 soit du 5x5 pour commencer ne peut être que bénéfique. C’est le basket dans sa globalité qui serait gagnant car cela pourrait attirer plus de licenciés. Après, il existe un gros problème d’infrastructures en France. On manque de gymnases ou de terrains. Si on compare cette situation avec les États-Unis, c’est le jour et la nuit. Là-bas, les gymnases sont ouverts 24h sur 24.

Justement, as-tu entendu parler du projet Hoops Factory, sorte d’Urban foot du basket, qui va ouvrir ses portes prochainement en région parisienne ?

Oui, j’ai eu des échos de ce projet et je m’en réjouis car c’est une très belle initiative. Ça peut régler le problème que l’on vient tout juste d’évoquer. Le fait d’avoir un terrain couvert à disposition c’est fantastique pour les joueurs, surtout en hiver.  Je ne peux que soutenir cette initiative.

Tu es en ce moment à la Réunion pour aider le club de la Tamponnaise à se développer en créant un centre de formation. C’est important pour toi de t’engager dans la formation surtout dans les départements d’outre-mer peut-être un peu délaissés d’une vraie formation jusqu’ici ?

Cela ne fait qu’une semaine que j’y suis mais j’ai énormément de choses à faire.  Je découvre un peu l’île en partant à la rencontre des jeunes basketteurs. Je leur consacre entre 2 et 3 heures d’entraînement chaque jour. Cela m’a permis de me rendre compte qu’avec peu de moyens, il était possible de faire énormément de choses. En métropole, on a l’impression que sans moyens, il est impossible de s’entraîner mais c’est faux. C’est encourageant pour le basket à la Réunion car il y a des gros potentiels et je suis convaincu que l’on pourra sortir de grands joueurs à l’avenir.  Je suis en train de vivre une expérience magnifique qui me permet aussi d’être humble car on a beaucoup de chance en métropole.

Justement, que manque-t-il à la Réunion pour que le basket se développe ?

Les infrastructures doivent être rénovées. On est encore sur des gymnases anciens. Il faut surtout une meilleure organisation et une meilleure structure pour que le basket explose ici. La Guadeloupe et la Martinique sont clairement en avance par rapport à la Réunion à ce niveau. D’ailleurs, plusieurs joueurs sortent de ces structures. A la Réunion, il y aussi des joueurs avec un fort potentiel et il serait bête de passer à côté par manque de moyens.

Quels sont tes objectifs à terme ?

Avec Johan Guillou, le président du club de la Tamponnaise, on s’est fixés de faire un état des lieux dans un premier temps puis de monter un centre de formation qui pourrait réunir les joueurs de toute la zone océanique qui comprend Madagascar, les Seychelles, l’Île Maurice. Il y a un vivier de joueurs intéressants et les rassembler nous semble cohérent. Pour le moment, on ne sait pas si cette structure sera indépendante ou liée à la FFBB.

Karim Souchu, coach, c’est envisageable dans les jours à venir ?

(Il rit). J’espère. Je prends énormément de plaisir à transmettre mes connaissances aux jeunes joueurs. Pour l’instant, je ne suis à la Réunion que pour un mois donc on verra par la suite.

Peux-tu nous parler de la marque Kipsta dont tu es ambassadeur depuis quelques années. Pourquoi ce choix ?

En réalité, ça s’est fait presque par hasard. La marque m’avait approché en 2013 par l’intermédiaire d’un ami qui est le manager général de Villeneuve d’Ascq. On discutait beaucoup et il me disait que c’était une marque qui cherchait à se développer. Quelques jours après, j’ai rencontré  Benjamin Jenoudet, qui est responsable produit basket chez Kipsta et on a bien accroché. Leur philosophie me plaît beaucoup.

Que penses-tu  de leurs produits ?

Ils sont en train d’évoluer. C’est vrai qu’au départ, j’avais en tête les produits basiques peu développés de leur début. Mais en ayant côtoyé la marque ces deux dernières années, je peux dire que leur évolution est spectaculaire que ce soit dans le textile, le matériel ou les chaussures de basket. C’est  une marque qui se développe vite et qui peut jouer un rôle majeur dans les années à venir.  De plus en plus de joueurs me posent des questions sur la marque et adhèrent aux produits. Certains me demandent même d’être mis en relation avec Kipsta parce que les produits qui sont sortis et qui vont sortir sont vraiment de qualité et adaptés à une pratique professionnelle.

La saison dernière à Nancy, quelle a été la réaction de tes coéquipiers quand ils t’ont vu jouer avec des Kipsta ?

(Il se marre). Au début, c’est sûr que je me suis fait chambrer mais vers la fin de l’année, ils ont tous retourné leur veste. (Rires). Je vais donner un exemple concret. Je jouais avec Vaughn Duggins, qui était l’un des très bons joueurs américains de notre championnat. Au départ, il avait l’air un peu suspicieux car il ne connaissait pas du tout la marque mais plus tard dans la saison, il m’a demandé de le mettre en contact avec Kipsta. Aujourd’hui, il est sponsorisé par la marque et ça se passe très bien pour lui. Le regard des gens changent quand ils prennent conscience que les produits sont de qualité.

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Et avant Kipsta, quelles marques, quels modèles portais-tu ?

J’ai longtemps porté des adidas. J’ai porté les Arenas à l’Asvel par exemple. Ensuite je jouais en Nike et principalement en Kobe.

Très honnêtement, vois-tu de grandes différences technologiques entre tes chaussures Kipsta et celles avec lesquelles tu évoluais auparavant ?

Honnêtement, si je compare mes dernières Kobe VIII et la nouvelle paire Kipsta que je porte actuellement, je dirais que ma paire actuelle est meilleure. La Kobe me faisait un peu mal aux pieds car elle me serrait trop le pied et que l’amorti était moyen. Actuellement, je joue avec un modèle Kipsta qui va sortir en Janvier 2016 et il est très confortable. Rien à dire.

Justement, que peux-tu nous dire sur cette nouvelle paire qui est une évolution de la dernière Kipfast ?

Elle est très légère et n’a rien à voir avec les précédents produits de la marque. J’ai eu la chance de travailler sur conception de la chaussure, avec les autres ambassadeurs de la marque, au niveau du design. Franchement, le rendu est bluffant. Pour moi, ce produit n’a rien à envier aux chaussures phares du marché.»